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Où en est la réassurance ?

Où en est la réassurance ?
Actualité , 15/02/2010

Le métier de la réassurance repose sur les mêmes fondements que celui de l'assurance : il s'agit de procéder à une gestion collective des risques en constituant des mutualités aussi homogènes que possible.

réassurance


Crédit photo © Adrien Roussel - Fotolia.com


Revue Risques N° 80 /Décembre 2009 - Introduction


Article de Gilles Bénéplanc, Président-directeur général Mercer Human resource consulting

Le métier de la réassurance repose sur les mêmes fondements que celui de l'assurance : il s'agit de procéder à une gestion collective des risques en constituant des mutualités aussi homogènes que possible au sein desquelles chaque risque apportera une contribution optimale - à défaut d'être toujours équitable - à l'équilibre de l'ensemble. Mais les objets du réassureur sont différents de ceux de l'assureur : si, dans le cas de réassurance facultative, il gère des risques individuels, le plus souvent le réassureur va mutualiser tout ou partie de portefeuilles de risques qui auront probablement été constitués par des assureurs. Au fil du temps, la réassurance s'est développée autour de deux fonctions majeures.


En premier lieu, elle joue le rôle de marché secondaire des risques, c'est-à-dire un lieu où des risques se transforment et se regroupent selon une autre logique que celle de l'assureur ; mener à bien cette mission impose aux réassureurs plusieurs contraintes : rechercher une diversification géographique, procéder à un lissage inter temporel des résultats des exercices au travers de la constitution de réserves d'égalisation, et atteindre une taille importante en chiffre d'affaires mais surtout en fonds propres.


Le second rôle de la réassurance est de contribuer au financement de l'activité des assureurs, d'abord bien sûr parce que le transfert d'une partie de leurs risques allège un besoin en fonds propres, mais aussi parce que se sont également développées de nombreuses techniques qui permettent un financement direct : dépôt en espèces, traités de financement, nantissement d'actifs.


Le rappel de ces principes élémentaires explique pourquoi il nous a paru pertinent de consacrer cette rubrique à une réflexion sur l'avenir de la réassurance. En effet, aujourd'hui, ses fondements sont en grande partie remis en cause soit par la crise financière que nous sommes en train de vivre, soit par l'évolution à plus long terme des risques majeurs de nos sociétés.
Sans vouloir prétendre à l'exhaustivité, illustrons ceci par quelques exemples :

 

  • la crise financière est née de l'absence de gestion des risques financiers (on pourrait même parler de pratiques générant risques et incertitude), mais c'est aussi une crise de la contrepartie où seule l'intervention massive des États a pu éviter la banqueroute de certaines institutions financières. À première vue, il est donc légitime de s'interroger sur la capacité de la réassurance à être un assureur en dernier ressort ;

  • la montée des risques, due aux évolutions technologiques, à l'augmentation des catastrophes et aux concentrations de valeurs dans un lieu donné, dans une entreprise ou dans un produit, renforce le besoin de protection et de couverture. Les réassureurs peuvent-ils et veulent-ils saisir ces opportunités ?

  • la crise a rendu plus difficile l'accès aux marchés financiers, créant une pression sur les fonds propres des assureurs. Dans le même temps, Solvabilité II va profondément modifier les contraintes sur les bilans des assureurs et réassureurs. Ces derniers vont-ils recourir massivement à la réassurance, y compris au travers des formes considérées comme désuètes il y a peu de temps ? Mais de façon analogue, comment dans ce contexte les réassureurs vont-ils pouvoir renforcer leurs fonds propres ?

  • les risques évoluent sans cesse dans leur montant comme dans leur nature, créant aussi de larges pans d'incertitude : réchauffement climatique, dépendance, les exemples ne manquent pas. Comment organiser le partenariat entre assureurs, réassureurs et pouvoirs publics pour dégager une gestion optimale de ces risques nouveaux ?

Telles sont quelques-unes des principales questions abordées dans cette rubrique.


Dans le premier article, Vincent Redier retrace les grandes étapes du marché de la réassurance dont il est un acteur majeur et un témoin privilégié. Ce panorama met en évidence la permanence des thèmes et des défis propres à la réassurance : pression des marchés financiers, concentration et diversification pour maîtriser la volatilité des résultats, modification des services apportés par les réassureurs et rôle croissant, mais parfois pervers, des modèles mathématiques.


Patrick Thourot analyse les perspectives d'avenir de la réassurance au terme d'une décennie de mutations profondes. Son constat est à la fois réaliste sur les défis et optimiste sur la capacité de la profession à les relever. La nécessité d'un acteur en dernier ressort pour les opérations d'assurance assure que la demande en réassurance restera forte. Dans le même temps, les normes de solvabilité transformeront très largement l'industrie et feront apparaître de nouveaux business models. Enfin, la matière première du réassureur est et restera le risque, l'industrie doit donc travailler à une meilleure assurabilité des risques nouveaux.


Dans leur article, Francois Vilnet et Bénédicte Dollfus se penchent également sur l'avenir de la réassurance et plus particulièrement sur celui de la réassurance française. Ils considèrent que si la France reste un marché important pour les cessions et les acceptations en réassurance, elle doit renforcer son attractivité par rapport aux principales places mondiales. C'est l'une des missions que s'est assignées l'Association des professionnels de la réassurance en France (Apref).


En écho aux débats qui se sont tenus sur l'utilisation des modèles mathématiques en finance, Arthur Charpentier examine comment ceux-ci sont utilisés en réassurance. Se plaçant tout d'abord dans une perspective historique, il montre que les modèles utilisés ont commencé par se développer hors du domaine de l'assurance et de la réassurance, puis souligne les difficultés pratiques à les appliquer. Pour l'auteur, si les modèles de base ont démontré leur robustesse au fil du temps, les théoriciens et les praticiens doivent être prudents quant au développement de ceux issus du monde financier lorsqu'ils sont fondés sur la loi normale.


L'article de François de Varenne analyse les spécificités de la gestion d'actifs d'une entreprise de réassurance. Comme pour l'assureur, l'importance de la gestion d'actifs est une conséquence directe du risque inversé de production, mais la spécificité du métier de la réassurance impose des contraintes supplémentaires : sophistication des rapports réassureur/ cédante, risque de liquidité lié à l'ampleur des risques couverts, exposition à l'inflation due à la durée des engagements. François de Varenne aborde également l'impact probable de Solvabilité II sur les portefeuilles d'actifs gérés.


L'article de Nathalie Paillot-Muhlheim porte sur la dépendance. Après avoir passé en revue la problématique du risque de dépendance et le développement des couvertures assurancielles, elle démontre que la gestion optimale de ce risque majeur pour nos sociétés passe par un partenariat étroit entre assureurs, réassureurs et pouvoirs publics. Dans ce contexte, une plus grande diffusion des produits passe par une amélioration de l'offre selon trois axes : révision de la sélection à l'entrée, réduction du prix des couvertures et développement de l'offre aux aidants.


Sabine Lemoyne de Forges et Stéphane Hallegatte étudient la possibilité, pour la réassurance, de faire face à la couverture de catastrophes naturelles qui requiert toujours davantage de capacité et par conséquent de fonds propres. Les auteurs analysent les caractéristiques de la réassurance des catastrophes naturelles et l'impact prévisible du changement climatique, puis proposent une approche de modélisation dynamique du marché qui étudie la capacité du secteur à couvrir ses engagements futurs.


Cette rubrique se clôt par un dialogue entre François-Xavier Albouy et Daniel Zajdenweber autour des notions qui sont au cœur de l'évolution de la réassurance : l'économie des valeurs extrêmes et la gestion des catastrophes. Après avoir montré en quoi l'économie des extrêmes est une clé d'analyse essentielle à notre compréhension du monde moderne, les auteurs analysent les catastrophes, qu'elles soient naturelles ou humaines, et soulignent l'importance de la prévention et de la précaution que peuvent compléter ensuite des couvertures assurancielles.


 

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