Le discours de Bernard Spitz, président de la FFSA, lors de la conférence de presse du 27 janvier 2011.
Je tiens en préambule à souligner que l’année 2010 a été une année délicate et dense pour notre secteur. Inutile, pour s’en convaincre, de faire un catalogue à la Prévert de tous les dossiers sur lesquels la FFSA et les professionnels de l’assurance se sont mobilisés. Nous aurons l’occasion de revenir sur la plupart d’entre eux au cours de cette conférence de presse.
En 2010, les assureurs ont rempli leur contrat, dans tous les sens du terme : individuellement, envers chacun de leurs assurés; et collectivement, si l’on tient compte du fardeau fiscal sans précédent qui s’est imposé à eux. Je rappelle que notre secteur s’est vu imputer au terme de la discussion budgétaire de l’hiver dernier une part substantielle de la hausse des prélèvements obligatoires. 5.2 Mds, c’est très au-delà de son poids dans l’économie et c’est plus que tout autre secteur de l’assurance dans quelqu’autre pays que ce soit, en Europe.
Alors, oui, les assureurs ont répondu présents. Et en 2011, ils continueront de le faire, bien que les questions en suspens soient nombreuses.
L’année a été dense et l’assurance a été fortement sollicitée. Pour protéger et aider ses clients d'abord, ce qui est bien normal et prioritaire à nos yeux. Et aussi pour répondre aux besoins budgétaires de l’Etat, ce qui, forcément, a des limites. Dans les deux cas la profession a répondu de manière vertueuse. Il est temps toutefois de comprendre, en France comme en Europe, que dans un contexte économique incertain et face aux zones de turbulences qui nous entourent, les marges de manœuvre pour les assureurs sont désormais étroites.
Venons-en donc à 2011, aux aléas qui l’entourent comme à la poursuite des tendances déjà constatées en 2010.
L’année restera encore fortement marquée par les stigmates de la crise. Les politiques publiques sont sous tension. La zone euro traverse les plus fortes turbulences de sa jeune histoire. La volatilité des taux devient une préoccupation. 2011 se présente avant tout comme une année d’incertitudes, avec des réformes nécessaires dans le contexte d’un agenda très politique.
La dépendance constitue l’un de ces chantiers annoncés, et le monde de l’assurance et des mutuelles en sera un partenaire ouvert et actif pour prendre part à la réflexion collective. Sur ce sujet comme sur la réforme de la fiscalité, sur le régime des catastrophes naturelles, sur le logement, sur la responsabilité civile ou sur l’appréhension des risques émergents, la FFSA participera activement au débat public. Elle y avancera les spécificités, les idées, les données statistiques, les atouts du secteur de l’assurance; elle y précisera où, quand et comment celui-ci peut apporter pleinement sa contribution.
Il faut simplement admettre que parfois la réalité s’impose à tous, y compris aux assureurs. Ainsi, les événements exceptionnels le sont de moins en moins ; les comportements n’évoluent pas forcément tous dans le bon sens, d’où la nécessité de mener des politiques de prévention efficaces ; bref, tout ceci impacte nécessairement le métier même de l’assureur. L’enquête menée récemment par les services du Ministère des finances l’a démontré amplement : les assureurs ont joué le jeu en matière de concurrence et de tarifs. Ils ont dû procéder à des augmentations, c’est parfaitement exact. Mais ces augmentations étaient justifiées et ont été limitées par le jeu fortement concurrentiel du marché.
Enfin, je ne peux pas clore cette introduction sans évoquer la question de l’épargne, au moment où les pouvoirs publics ont engagé une réflexion sur sa fiscalité. Le message est simple, c’est celui de l’ensemble de la communauté économique : il consiste à réaffirmer de la façon la plus nette l’impérieuse nécessité pour notre économie de disposer d’une épargne longue. Sur ce front, qui est celui du financement des entreprises et de l’Etat, les assureurs sont en première ligne. Car quel est le premier pilier de l’épargne longue en France ? C’est l’assurance-vie ! Elle représente 1 330 Md€ d’encours en 2010. C’est une épargne populaire dans tous les sens du terme. 30 millions de Français sont concernés. Tout cela, vous le savez…
Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est la place primordiale que cette assurance-vie représente dans le financement de l’économie française. Lorsque les assureurs achètent des actions ou des obligations d’entreprises, ce qu’ils font c’est donner à ces entreprises les moyens d’investir, d’embaucher, de produire, de distribuer, d’exporter. C’est pratiquement comme si l’on fournissait à ces entreprises des machines-outils, des usines ou des camions… En fin de compte, les assureurs financent les emplois!
En 2008, les actifs d’entreprises des assureurs représentaient 51 % de leurs placements, en 2009 54 % et en 2010, - c’est un chiffre clef - : 56 % !
56 % des actifs en actions et obligations d’entreprises, cela représente quasiment 1 000 milliards (940 exactement) dont plus de la moitié pour les seules entreprises françaises. Jamais l’épargne de l’assurance n’a mobilisé autant de fonds au service du financement des entreprises.
Qu’est-ce que cela signifie ? C’est qu’en dépit de la crise, du risque lié aux actions, les assureurs n’ont cessé de donner plus de moyens aux entreprises pour investir. Que sans eux, sans ce rôle d’amortisseur qu’ils jouent, la crise financière aurait certainement entraîné une plus grande crise économique ; que l’assurance vie est le poumon de l’économie française.
L’assurance vie est le poumon de l’économie française.
envoyé par ffsa-webtv
Car c’est bien cela le premier effet de l’assurance vie : donner aux entreprises françaises les ressources à long terme et la stabilité financière dont elles ont besoin pour permettre les investissements qui seront les emplois d’aujourd’hui et de demain. Et cela en rassurant pleinement plus de 30 millions de Français quant à la sécurité de leur épargne, une sérénité qui a tout son prix dans une période de crise et donc d’anxiété pour la société.
Peut-on encore faire mieux dans ce domaine et orienter encore davantage les contrats en unités de compte vers les placements en actions ? Certainement, et les assureurs y sont prêts, mais à deux conditions : que les assurés le souhaitent, car il ne faut pas oublier qu’il s’agit de leur épargne ; et que les assureurs soient en mesure de leur conseiller de le faire. C’est le sens des discussions en cours avec les pouvoirs publics.
J’ajoute que le financement de l’économie ne concerne pas que les entreprises, mais aussi la dette de l’Etat. Les assureurs occupent aussi en ce domaine une place essentielle, puisqu’ils détiennent 12 % des obligations garanties par l’Etat français, soit le tiers du financement de la dette française par les résidents. Or vous savez l’importance que les marchés accordent à ce ratio. L’assurance vie sécurise ainsi l’appréciation par le monde extérieur de la qualité de la signature de la France.
Dès lors, ce que je vous disais ici même l’an dernier se confirme plus que jamais aujourd’hui : nous avons la chance que convergent dans le même axe nos principaux enjeux de politique économique, à savoir le financement des entreprises, le financement de la dette publique, la notation de la France par les marchés, la prise en charge des retraites et même la préparation de la protection contre la dépendance. Cet axe directeur s’appelle le développement de l’épargne à long terme ; et son vecteur principal en France est l’assurance-vie.
Notre devoir collectif est donc de stabiliser cette convergence qui est une chance pour notre pays.
Nous devons faire preuve à cet égard d’autant plus de prudence que les écueils à éviter sont nombreux : l’impact des nouvelles normes prudentielles, les mouvements de taux, et, plus récemment, la concurrence exercée par les produits réglementés liquides comme le livret A.
Il y a de surcroît suffisamment d’aléas externes – le Président de la République l’a souligné lors de sa dernière conférence de presse- pour ne rien faire qui reviendrait à nous imposer des boulets de notre propre chef, sauf à prendre le risque d’asphyxier notre économie. A l’heure où la question du financement est au cœur des débats, l’épargne longue ne doit donc pas être « une », mais « la » priorité de la politique économique.
Cela me fait penser à la célèbre phrase d’Henry Ford : « Tout ce qui est bon pour l’épargne longue est bon pour l’économie française et est donc bon la France ».
Mais attention : l’inverse aussi est vrai : « ce qui serait mauvais pour l’assurance vie serait mauvais pour l’épargne longue et donc mauvais pour la France»
Que demandons-nous ? Rien. Rien, si ce n’est pouvoir travailler dans des conditions réglementaires normales et stables afin de rester compétitifs; que le marché fonctionne de la façon la plus concurrentielle possible dans l’intérêt des assurés ; et que soient réunies des conditions adéquates pour un soutien renouvelé aux fonds propres des entreprises.
Aucune subvention, aucun artifice, seulement de la stabilité et de la cohérence économique : plus l’épargne est longue, et mieux elle doit être récompensée.
C’est cette stabilité et cette cohérence qui permettront à l’assurance d’être le pilier d’une sortie de crise plus rapide et plus dynamique en création d’emplois.
Bref, l’assurance française est en ordre de marche. Elle place bien ses actifs. Elle protège ses assurés. Elle répond aux exigences de solvabilité. Ne bouleversons pas ce qui a fait ses preuves. A cette condition, nous pourrons tous envisager l’avenir avec confiance.
Fédération française des sociétés d' assurances - 26, boulevard Haussmann - 75311 Paris - Cedex 09 - 01 42 47 90 00
Plan du site | Mentions légales | Crédits | Contacts | RSS & alertes e-mail